La Maison-Dieu

Signification ésotérique de l’arcane XVI : la Maison-Dieu

L’Arcane XVI a mauvaise presse dans presque tous les cours de Tarot, où elle annonce des catastrophes de toutes  sortes. Ce n’est pas étonnant quand on comprend que la Maison-Dieu est liée au plan de l’incarnation, comme son nombre l’indique : 16 est le carré de quatre.

Sur le plan physique, l’arcane majeur la « Maison-Dieu » prend effectivement souvent une connotation de « catastrophe » dans le sens où les structures que l’on croyait bien établies s’écroulent. Mais cet écroulement peut aussi être positif, libérateur, comme le sont certaines révolutions. De quelque nature qu’il soit, un événement Maison-Dieu est toujours imprévisible, inattendu, il surgit dans la vie comme pointe le « Doigt de Dieu ». Sur le plan affectif, la Maison-Dieu peut correspondre à un coup de foudre où à toute circonstance qui produit un profond trouble émotionnel, qui déstabilise.

Dans sa signification abstraite, la Maison-Dieu représente à la fois la chute, la Tour représentant alors notre prison de matière, et la porte de libération vers l’Esprit signifiée par le plumeau qui frappe le sommet de la Tour. Mais pour que le plumeau puisse frapper, la construction de la Tour doit d’abord être achevée, la couronne posée. La signification de cette image est double, mais concerne toujours l’activité sur le plan mental. Il faut d’abord édifier une personnalité structurée et puissante avant qu’une dimension supérieure puisse y pénétrer. Le mental est intimement corrélé avec la puissance de volonté et la force de l’ego ; un mental faible, donc une volonté et un ego faible, ne peut s’élever jusqu’à l’Esprit. Le second sens contenu dans l’image du plumeau qui « décalotte » la couronne de la Tour est l’illumination. Il faut venir à la rencontre de celle-ci en s’efforçant, par le raisonnement, de comprendre toutes les données d’un problème, en élaborant des concepts ; lorsque le mental analytique a fait tout son possible, alors, soudain, une inspiration supérieure surgit : c’est l’ « eurêka » du scientifique, du chercheur qui, après des heures de concentration et de réflexion intenses parvient à l’illumination. L’illumination, bien que totalement inattendue et surprenante est toujours le résultat d’une longue méditation, quelle que soit la nature de l’interrogation (scientifique, philosophique, spirituelle…).

Dans un sens plus courant, la Maison-Dieu met un terme à nos cristallisations mentales, à nos idées des choses, nos illusions. Quelle que soit la forme que prendra « l’intervention divine » (de l’Esprit), à un moment donné il se produit quelque chose dans nos vies qui permettra à l’évolution de se poursuivre, qui nous mènera plus en avant sur le chemin du développement de la conscience.

Le nom de l’Arcane évoque la relation de la personnalité (la Maison) et du Soi supérieur ou de l’Esprit (Dieu), de la créature et du Créateur. La créature n’existerait pas sans le dessein du Créateur. Ainsi la Maison-Dieu, par ce rapport réciproque signifie la Providence, la Destinée, le « Doigt de Dieu »…

Analogie avec les arcanes mineurs

La réduction théosophique de 16 est 7 (1 + 6 = 7). Au premier abord, il nous paraît plutôt incongru d’associer les arcanes mineurs de nombre 7 (7 de Coupe, 7 d’Epée, 7 de Denier, 7 de Bâton) à la Maison-Dieu. Mais cette association qui existe de fait nous informe sur ce que l’on rencontre lorsqu’on laisse, avec confiance, la Maison-Dieu agir en soi : la connexion avec l’Autre en soi.

Quelques considérations à propos du nombre 16

Quatre multiplié par lui-même nous amène au nombre 16, nombre de la Swastika, de la Maison-Dieu et des Honneurs du Tarot, des 16 figures de géomancie, du carré magique de quatre…

Le physicien Jean Charon, inventeur du concept de la « relativité complexe », soutient que l’évolution de la conscience fonctionne sur la base du 16, chaque étape de la conscience, de l’atome jusqu’au supra-humain correspondant à 16 élevé à une puissance progressant par deux. Bien que Charon soit très controversé dans le milieu scientifique, il se pourrait bien que sa théorie parte d’une intuition juste.

On pourrait dire du nombre 16 qu’il est celui de la réalisation en devenir. Si certaines traditions lui donnent une connotation négative, c’est que ce chemin du devenir n’est pas dépourvu d’embûches et de pièges. La tradition mystique a toujours distingué entre la « voie de gauche », de recherche de pouvoir personnel et d’attachement à des valeurs temporelles, et celle de « droite » ou voie de lumière caractérisée par l’amour universel. La frontière entre les deux étant étroite comme une lame de rasoir, un discernement aigu est nécessaire pour que le devenir du 16 aboutisse à l’illumination et à la transfiguration et non pas à l’anéantissement inévitable d’un sur-ego.

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