Le Diable

Signification ésotérique de l’arcane XV : le Diable

Le principe du Diable s’exprime dès l’origine de la manifestation sous la figure de Lucifer, le « porteur de lumière », premier Ange ayant choisi d’expérimenter le monde de l’incarnation sur le plan physique  (la chute). Dans tous les cours de Tarot, nous trouverons cette analogie entre la figure de Lucifer et celle du Diable.

L’arcane majeur le Diable, Lucifer, représente l’énergie-conscience qui se développe au contact de la matière. C’est une énergie qui divise (dia de dia-bolos, diable en grec, signifie deux) et cette division est nécessaire afin que l’homme se sépare de l’océan primordial indifférencié et développe la soi-conscience ou conscience individualisée.

Le Diable est en quelque sorte notre « moi » qui s’édifie par le contact avec le milieu environnant.  A mesure que ce « moi » grandit en élargissant son champ de conscience et commence à pressentir l’existence de sa nature supérieure ou divine, un choix s’impose (15 = 1 + 5 = 6), celui de s’assujettir à la matière, au « mal », ou celui de servir l’Esprit, le « bien ». Rappelons que le « mal » n’existe pas en tant que lui-même, il représente une énergie qui joue son rôle jusqu’à un certain stade de l’évolution, mais qui au-delà représente les forces involutives qui retiennent l’esprit prisonnier de la matière.
Lorsque la juste direction, conforme au plan divin, est prise par la personnalité, le Diable devient le Gardien du Seuil, cette forme-pensée édifiée durant les innombrables incarnations où l’âme s’identifiait à la matière, qui s’oppose à présent à l’Esprit.  Sur le chemin de la réalisation spirituelle, le Diable représente la somme de nos attachements aux « trois mondes » (physique, émotionnel et mental) appelés à se dissoudre dans la lumière de l’Ame. Cet aspect du Diable est surtout signifié dans la partie inférieure de l’arcane par les deux « diablotins » enchaînés, mais la partie supérieure, contenant une épée blanche et un casque d’or révèle une autre dimension du Diable : au plus profond de l’expérience de la chute demeure en nous le souvenir impérissable de la Lumière, et ce souvenir porte en lui le germe du discernement, de l’intuition et par conséquent de la libération.
Dans les mythes, Satan – Saturne est à la fois l’alchimiste et la matière première qui doit être brûlée. Dans son sens le plus noble, le Diable représente l’alchimiste, une étape dans l’évolution où l’homme œuvre profondément à sa transmutation, à la spiritualisation de sa « matière ».

Analogie avec les arcanes mineurs

Comme nous l’avons déjà vu plus haut, le nombre de la lame 15 renvoie au nombre 6, donc aux arcanes mineurs de cette série. Le sens en est clair : à mesure que notre pouvoir intérieur se développe et est susceptible de se manifester en puissance d’action, nous sommes de plus en plus confrontés au problème du choix entre les nombreux opposés : allons-nous nous mettre au service de l’égoïsme ou de l’altruisme, de l’évolution ou de la  stagnation, du bien commun ou de l’intérêt d’un groupe particulier, du progrès ou de la régression, etc.

Interprétation des arcanes XIII, XIIII et XV dans les situations concrètes

Pour ceux qui s’interrogent sur le sens de leur vie, qui sont dans une recherche intérieure, bref qui ont entrepris le processus d’individuation, l’arcane 13 représente avant tout un approfondissement de la connaissance qui est par-delà le savoir, qui naît d’une expérience intérieure illuminante. Cette co-naissance (naître avec) conduit à l’état de Tempérance : on se tient au milieu, entre la réalité extérieure qui est illusion dans le sens où elle masque ou déforme une réalité intérieure, et la part de vérité qui s’est révélée, on ne s’identifie ni à l’une ni à l’autre, mais à partir de cette position médiane on s’efforce d’agir avec la lumière de la connaissance, c’est-à-dire avec sagesse. Ce faisant on devient un « porteur de lumière » (le Diable), on amène la lumière de la connaissance jusque dans les recoins les plus sombres de la psyché, afin de transformer le plomb de l’ignorance et de l’enchaînement aveugle en l’or de la connaissance et de la liberté. Mais si l’équilibre de la Tempérance n’est pas maintenu, le Diable s’exprimera sous  l’aspect négatif d’un aveuglement, d’un enchaînement à l’ignorance encore plus grand. Par exemple, grisé par une pseudo sagesse que l’on croit acquise, on peut succomber au goût du pouvoir et de la manipulation, comme ces « gourous » autant séducteurs que manipulateurs.

Lorsque le chemin de l’individuation n’est pas encore entrepris, l’arcane 13 représente le plus souvent un événement traumatisant qui a laissé une marque profonde dans la psyché, comme un décès, une séparation douloureuse, une grande déception. Ce traumatisme, tant qu’il n’est pas guéri, entrave l’évolution normale de la personnalité, on reste bloqué quelque part dans cet espace-temps où la vie semble s’être arrêtée. La dimension de la Tempérance reste alors inaccessible et ne peut s’actualiser que par une personne extérieure, le thérapeute par exemple ou l’ami(e), le (la) confident(e) qui jouent un rôle analogue par leur écoute compréhensive. Le Diable représente alors l’alchimie qui s’opère dans le dénouement libérateur. Lorsque cette aide extérieure fait défaut ou n’est pas opérante, le Diable s’exprime sous son aspect le plus négatif (partie inférieure de l’arcane) : on reste enchaîné au passé qui, au mieux, se perpétue inconsciemment par un manque d’envergure et de perspective, au pire par une dépression profonde.

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