Peut-on tout dire ?

Toute vérité n’est pas bonne à dire. Si nous appliquons presque instinctivement cette affirmation de bon sens dans notre espace privé – car qui aimerait blesser inutilement un proche en lui assénant de pâles vérités – il n’en va pas de même dès lors qu’il s’agit de l’expression dans l’espace public, comme si, en ouvrant cette porte, nous pénétrions inévitablement dans le champ du politique qui a ses propres codes et règles.

Les événements récents – les attentats de Paris de janvier – ont mis au premier plan les débats sur la liberté d’expression, les discussions s’articulant principalement autour de deux axes mis en évidence par l’un des fondateur de la sociologie, Max Weber : que faut-il privilégier, l’éthique de conviction ou l’éthique de responsabilité ? Les dirigeants de Charlie hebdo ont opté pour l’éthique de conviction, ils se sentaient en quelque sorte missionnés pour défendre le principe de la liberté d’expression à n’importe quel prix, au prix de leur propre vie – un courage qu’on ne peut que saluer – mais aussi d’un chaos social grandissant, voire plus.

face-386626_1280Mais beaucoup ont regretté qu’une nouvelle caricature du prophète ait refermé une porte entr’ouverte lors des manifestations du 11 janvier. Une majorité de musulmans solidaires des Charlie s’est en effet sentie blessée et rejetée par cette nouvelle marque de mépris de leurs croyances. L’éthique de responsabilité aurait voulu qu’avant de poser un tel acte on en mesure clairement les conséquences et qu’on évite de mettre de l’huile sur le feu.

Les musulmans qui sont descendus dans la rue pour condamner l’extrémisme et la violence ont fait preuve de responsabilité en mettant temporairement de côté leurs convictions religieuses. Les convictions des uns ne peuvent cohabiter avec les convictions des autres que dans un respect mutuel, donc tempérées par la considération des valeurs de l’autre. Peut-il y avoir une éthique de conviction sans responsabilité, c’est-à-dire sans prendre en considération les conséquences probables de nos actes ?

Publié le : 18/03/2015

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