S’aimer les uns les autres, de plus en plus difficile ?

« Plus j’aime l’humanité en général, et moins j’aime les gens en particulier » faisait dire Dostoïevski à l’un des personnages des Frères Karamazov. Ce paradoxe mettrait-il en lumière l’égoïsme non avoué que masqueraient inévitablement les sentiments les plus nobles ? C’est du moins l’analyse de nombreux observateurs, qui ne cessent de pointer l’individualisme croissant de nos sociétés.

Un fait social d’actualité, largement relayé et commenté dans les magazines de sciences humaines, semble le corroborer. De plus en plus de personnes, de tous âges, choisissent de vivre en solo lorsque leurs moyens financiers le permettent, tout en menant par ailleurs une vie sociale active et riche sous l’angle des rapports humains. L’individu d’aujourd’hui n’accepterait plus les nombreux compromis qu’implique la vie en couple, préférant gérer son temps et ses activités comme il/elle l’entend, et nouer des liens affectifs plus libres et moins contraignants.

tree-76739_1280Mais ce besoin de se préserver un espace à soi, est-il nécessairement une marque d’égoïsme et pire, un signe que notre capacité d’aimer l’Autre se réduirait comme peau de chagrin. Ne pourrait-il au contraire témoigner non seulement d’une plus grande autonomie avec le besoin de liberté qui l’accompagne, mais aussi et surtout d’une vie intérieure qui s’approfondit. Celui qui ne sait pas demeurer seul n’a rien à donner, disent avec raison les sages. Des grands penseurs, des artistes, les créatifs en général font plus facilement le choix de la solitude car leur vie intérieure ne contient pas de vide qui demande à être comblé.

Et paradoxalement, c’est bien dans la solitude que l’amour de l’humanité peut être le plus aisément cultivé. Lorsque nous nous trouvons en présence d’un être en chair et en os, ce n’est pas prioritairement son essence, son âme que nous contactons, mais toutes ces caractéristiques superficielles et apparentes qui peuvent nous déranger parce que nous ne les partageons pas. Combien de personnes en effet sommes-nous capables d’aimer dans la totalité de ce qu’elles sont, avec leurs qualités et leurs défauts ? Très peu, si nous sommes sincères. Toutes, si nous savions regarder au-delà des apparences.

Publié le : 25/02/2015

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