A quelle morale obéissons-nous ?

Nous avons tous intégré les valeurs morales judéo-chrétiennes dans notre manière d’interagir avec les autres et avec le monde, y compris sa zone de tolérance, ces petites transgressions que nous nous autorisons car elles sont tacitement permises par la collectivité – dans notre cas, la société occidentale. Mais que surviennent des circonstances exceptionnelles, et les mailles de ce conditionnement se distendent pour laisser une autre instance prendre les rennes et guider nos actions. Une instance que l’on peut appeler le Soi, parce que nous la ressentons comme la source la plus profonde de notre être.

Le parcours d’un prisonnier non ordinaire – un petit délinquant sicilien devenu criminel pour défendre sa famille de la mafia – est une illustration remarquable d’une fidélité sans concession à cette morale supérieure. Guiseppe Grassonelli , incarcéré depuis vingt-trois ans pour une série de face-268908_1280meurtres, vient de publier ses mémoires « Malerba » (mauvaise herbe) où il raconte à la fois son passé jouissif de petit délinquant, comment il est devenu un grand criminel pour protéger sa famille, et son chemin de rédemption grâce à la philosophie qu’il s’est mis à étudier avec passion dès que ses conditions carcérales le lui ont permis. Comprenant mieux le monde et se comprenant lui-même, il s’est réconcilié avec ses circonstances de vie hors-normes – la vie ne nous conduit pas toujours à choisir entre le bien et le mal, mais entre le mal et le pire, dit-il – condamnables du point de vue de la morale ordinaire, mais hautement initiatique au regard du Soi.

Alors que Guiseppe Grassonelli pourrait bénéficier d’une remise de peine s’il acceptait de dénoncer ses complices dans sa vendetta contre la mafia, il a choisi la fidélité à ses amis en assumant d’en payer le prix par une incarcération à vie. Le choix d’un vrai philosophe, la signature du sage. Mais qui reste très peu compris par tous ceux qui portent sur lui un jugement enraciné dans la morale héritée et qui n’ont encore aucune idée de la puissance salvatrice de la source même de toute morale.

Publié le : 19/08/2015

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