La juste mesure, une sagesse oubliée

La démesure de nos sociétés nous saute partout aux yeux : les gratte-ciels ressemblent de plus en plus à des tours de Babel modernes, les bateaux à des villes flottantes, les villes se développent jusqu’à devenir des mégapoles qui étouffent sous d’épais brouillards de pollution, etc. Nous avons perdu la mesure de l’homme, c’est-à-dire le sens de ce qui est opportun pour lui à un moment donné de son évolution.

Pour les philosophes grecs, trouver la juste mesure en toute chose était une vertu fondamentale, seule à même de conduire au bonheur et à une vie accomplie. Le Bouddha n’a pas dit autre chose lorsqu’il enseignait la « voie du milieu ». Aujourd’hui la psychologie reprend l’idée en l’appliquant à l’intelligence relationnelle, cet art de faire ou dire ce qu’il faut au bon moment, de ne jamais en faire de trop dans un sens ou l’autre, de trouver l’équilibre entre autonomie/liberté et proximité/attachement. Nous savons tous combien cet équilibre est difficile à réaliser, combien il est fragile et toujours à reconstruire.

Nous sommes aussi atteints de la maladie de la démesure dans notre rapport aux objets, qui nous possèdent plus souvent que nous les possédons. Aucune création de l’homme n’échappera jamais au risque d’un usage inadéquat, le choix de l’usage est le reflet de ce que nous sommes. Par exemple, hong-kong-534716_1280beaucoup reprochent à la télévision ou à Internet de contribuer à un décervelage généralisé, mais si nous choisissons avec soin ce que nous décidons de regarder – ou comment le regarder, car les contenus audiovisuels nous en apprennent beaucoup sur la société -, ces supports peuvent être au contraire un formidable vecteur de connaissance.

Les innovations technologiques en cours et à venir sont porteuses d’un pouvoir qui représente un véritable danger pour l’humanité si elle ne sait pas se les approprier avec mesure, c’est-à-dire les mettre au service de ses vrais besoins – les besoins qui accompagnent et favorisent l’épanouissement de l’homme. Il ne s’agit pas de refuser la robotisation qui va, entre autres, nous libérer de tâches fastidieuses, mais de limiter le pouvoir donné aux machines afin que nous en gardions le contrôle. En prenons-nous le chemin ?

Publié le : 13/05/2015

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