Tout homme est utile à l’humanité par cela seul qu’il existe

Ces mots de Rousseau s’inscrivent dans une vision de l’homme a contrario de la pensée dominante d’un siècle voué tout entier au culte de la Raison. Rousseau milite autant que ses pairs des Lumières pour l’autonomie et l’individuation de ses contemporains, mais il pense que l’intellect et la culture ne sont ni les seuls, ni les meilleurs pour y parvenir. Il propose au contraire de revenir à la nature, de renouer avec la sensibilité et l’authenticité de l’homme naturel, non dévoyé par les contraintes imposées par la société. Il prend pour modèle l’Indien du continent américain dont il a longtemps observé les mœurs et les croyances.

Quelques siècles plus tard, pour échapper aux diktats du consumérisme qui caractérise nos sociétés contemporaines, des milliers d’occidentaux se sont tournés vers un autre modèle d’Indien –cette fois originaire de l’Inde- dans l’espoir d’étancher leur soif d’authenticité. Les deux types d’Indiens ont en commun d’appartenir à des modèles de société qui ont gardé un contact avec les dimensions transcendantes de la vie (du moins jusqu’à un passé récent) et sur lesquelles il est facile pour un occidental de projeter un idéal qui est cependant loin de correspondre à la réalité dès lors que l’on étudie de près ces sociétés.

amazing-736882_1280En Occident nous souffrons tous des conséquences d’un matérialisme exacerbé, qui a instauré le règne de l’apparence : les seules réussites individuelles qui sont valorisées sont celles qui offrent une visibilité. Mais il n’est nullement nécessaire de fuir dans un ailleurs idyllique pour renouer avec une manière de vivre plus authentique, c’est-à-dire non séparée à la fois de notre intériorité et du cosmos. Il est tout à fait possible d’être relié à la vie dans toutes ses dimensions, incluant l’humanité dans son ensemble, là où nous sommes, dans l’ici et maintenant.

Reste à la société de cesser de stigmatiser celui qui, à la question « que fais-tu dans la vie », répondrait simplement « je vis, j’aime, je pense », à défaut de comprendre l’utilité pour tous d’une telle manière individuelle d’être présent au monde. ***

Publié le : 29/07/2015

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