Rencontrer un homme, c’est être tenu en éveil par une énigme

Ces mots du philosophe Emmanuel Levinas évoquent une qualité d’ouverture à l’autre dont nous ne faisons que rarement l’expérience. Elle suppose en effet un début de prise de conscience de l’âme/conscience d’elle-même.

Dans l’enfance, nous avons appris très tôt que l’expression de notre spontanéité, de notre authenticité, ne rencontre pas toujours un accueil favorable de la part de ceux de qui nous dépendons affectivement. Pour éviter la souffrance, nous avons appris à faire le tri de ce que nous pouvons manifester ou non en anticipant les attentes des autres. Ce faisant, nous avons créé un masque social, que Jung nomme la Persona, et que nous ne cessons d’élaborer à travers tous nos rapports sociaux au cours de notre vie. Ainsi, nous portons, selon les circonstances et tour à tour, le masque de l’enfant de nos parents, de l’élève de nos professeurs, de l’ami, du collègue, etc.

Chaque fois que nous entrons en relation, nous modelons l’expression de notre Persona en fonction des personnes et des situations rencontrées. Sauf quand l’imprévisible surgit et que nous « tombons en amour », comme le formulent joliment les Canadiens. Alors nous pouvons connaître ces instants de grâce où notre âme, mise à nu, rencontre, ne serais-ce que l’espace de quelques fractions de seconde, une autre âme dans son intégrité.

Selon la qualité des rencontres, ces moments de grâce peuvent reconnecter notre âme à sa source, un peu comme, pour reprendre une image employée dans une méditation précédente, la goutte d’eau s’échappait temporairement du désert pour retourner à l’océan de vie. Ils permettent d’entrevoir une possibilité, mais n’étant pas encore le fruit et l’aboutissement d’un travail sur soi, ils ne peuvent être qu’éphémères, laissant peu à peu et toujours davantage le masque reprendre ses droits dans la relation.

Pour être tenu en éveil par le mystère que représente l’autre, nous devons d’abord être éveillé au mystère que nous portons tous au plus profond de nous.

Publié le : 27/11/2013

Haut de page

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *